TÉLÉCHARGER LE JOBARD

Il fallait à tout prix que ça marche. Le Jobard fit un rapide tour d'inspection du champ d'ordures et vint s'arrêter près du tas de bouteilles vides que. Just click download in book Le jobard PDF Online. Télécharger novadancestudio.info · Lire en ligne. Read Online E-Books Le jobard: A Novel, Read Online Free Le. Le Jobard est un vieil original. Il vit dans une cabane sur un terrain vague proche de la cité HLM. Tout le monde le dit fou, et on l'évite comme la.

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Il nous tournait le dos et ne pouvait pas nous voir. Comme je savais qu'elle n'aimait pas trop que je reste dans ses pattes pendant qu'elle passait la serpillire, j'ai pris Rex et je suis sorti. Pourquoi cet embarras, cette fuite, cette esquive? Il avait fait un grand feu de bois dans un endroit dgag de broussailles. Alors l, mon vieux Celui-ci prtend que dans l'aprs-midi, le Cependant, comme nous n'tions srs de rien, nous avions aussi emport dans nos poches frondes, pierres et boulons.

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La construction tait si norme qu'il tait impossible de la rater. Il suffisait de bander sa fronde et de viser droit devant. Les bouteilles se crevaient avec un bruit sourd. Deux fois, trois fois, nous avons recharg nos lance-pierres pour bombarder l'trange difice.

Notre plaisir s'arrta l! Le vieux, qui s'tait mis crier, rentra dans sa baraque et ressortit en brandissant un fusil. Il engagea une cartouche et tira en l'air. Je donnai le signal du repli, mais les copains ne m'avaient pas attendu. C'tait qui cavalerait le plus vite vers le portillon.

Mais juste au moment o je passais le portail, j'entendis Rex couiner comme un pauvre diable. Je me retournai. Mon chien s'tait pris la patte dans un rouleau de fils de fer barbels dont il ne parvenait pas se dptrer.

Derrire moi, le Jobard ferma le portillon et Rex se retrouva prisonnier. D'o j'tais, je voyais la pauvre bte essayer de se librer ; mais elle ne parvenait qu' se dchirer plus profondment.

Je cherchai les copains des yeux pour tenter de faire quelque chose mais il ne restait plus que Michel ; tous les autres taient partis en courant. On s'approcha de la barrire. Le Jobard tait en train de dgager Rex des barbels.

Puis il prit le chien dans ses bras et l'emmena dans sa baraque. Pendant ce temps, le pauvre Rex n'arrtait pas d'aboyer et de se dbattre. Mais le Jobard le maintenait d'une poigne de fer. Michel tourna vers moi de grands yeux affols. Brice, on devrait aller chercher la police. Ce type est fou ; il va te dcouper ton chien en rondelles.

Pas question! Ni la police, ni les parents ne mettront le nez dans nos affaires! C'est nous de nous dbrouiller. J'tais en nage. Le sang me battait dans la tte comme s'il voulait la faire exploser.

J'avais beau continuer jouer au dur devant Michel, je ne savais plus du tout quoi faire. Je me sentais prisonnier face cette maison garde par un type moiti cingl, arm d'un fusil de chasse. Pourtant, au bout d'un moment, l'ide de foncer vers la baraque pour reprendre mon chien devint irrsistible. Je prfrais risquer un coup de fusil plutt que de rester l sans rien faire. Je vais y aller, Michel.

Je peux pas laisser Rex l- dedans! Michel se dressait pour me retenir par un pan de la chemise Il enferma Rex dans son appentis, prit sa mobylette et partit tranquillement vers la ville. Nous nous sommes regards, aussi tonns l'un que l'autre ; puis nous avons couru vers les btiments. Cette fois, la chance tait avec nous. Rex tait vivant. Je l'entendais gmir doucement. Tiens bon, mon chien, on va te sortir de l.

Rex aboya joyeusement. Je pris mon lan et m'efforai de dfoncer la porte d'un coup d'paule De rage, je donnai de grands coups de pied dans les planches de bois.

La porte vibra mais ne cda pas. De son ct, Michel avait compris qu'il ne fallait surtout pas s'affoler. Au lieu de s'acharner brutalement, il prfra faire travailler sa cervelle. En fouillant dans les dcombres, il russit mettre la main sur une barre de fer qui paraissait assez solide pour forcer le verrou.

Malheureusement, nous n'avons pas eu le temps de nous en servir. Dj la mobylette revenait et il fallut se cacher Le vieux descendit. Habill d'un pantalon de velours crasseux, le regard point vers ses chaussures, il me parut plus farouche encore que d'habitude.

Il alla poser un paquet dans la maison. Puis il revint chercher Rex qu'il porta dans ses bras jusqu' la bicoque. Au moment de passer la porte, mon pauvre chien dut me sentir car il aboya dsesprment en ma direction. Le Jobard se retourna. Un mchant clair de colre au fond des yeux, il se mit alors crier : Mais vous allez dguerpir, ou je vous plombe le cul, bande de voyous! Une nouvelle fois, il nous fallut quitter le terrain vague en courant pour nous rfugier au bas d'un talus. Michel commenait dsesprer : Il nous faut rentrer.

Il doit tre prs de sept heures et nos parents vont commencer se demander o on est. On ne peut rien faire tout seuls ; il faut prvenir la police. Je t'ai dj dit que nos affaires taient nos affaires.

Les adultes doivent pas s'en mler. Je vais passer chez moi et je raconterai ma mre que tes parents m'ont invit souper.

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Si tu veux pas me laisser tomber, fais comme moi! On se retrouve ici dans une demi-heure. Michel hsita quelques secondes puis donna un grand coup de pied dans un caillou.

C'est bon, je marche! Compte pas sur moi pour me dgonfler! Je le bourrai de coups de poing. Et je filai toutes jambes en direction des blocs.

Une fois seul, l'angoisse me reprit. Je courus comme un fou. Puis je m'arrtai pour pleurer contre un mur. Rex tait mon seul ami. Je lui disais tout. Il me comprenait et me lchait le bout du nez lorsqu'il me sentait malheureux Je n'aurais jamais d l'entraner l-dedans. Je n'aurais jamais d m'en prendre au Jobard. Aprs tout, il ne nous avait rien fait. Ces histoires de terrains taient des histoires d'adultes. Je n'avais pas m'en mler. Mais j'avais voulu faire le mariolle comme toujours, et maintenant c'tait Rex qui payait.

Je me mordis la main jusqu'au sang Si le vieux fou tuait Rex, je le tuerais aussi avant d'aller me jeter du haut d'une falaise. Je le revoyais dans les mains de mon pre, le jour de mes six ans, alors qu'il n'tait encore qu'une boule de poils. Tu voulais un chien, eh bien le voil! Mais attention, ce sera toi de le soigner et de t'en occuper!

Mon petit Rex, je ne te laisserai pas. Je te dlivrerai. Ds ce soir, je mettrai le feu sa baraque et je l'obligerai te relcher. Plutt que de griller, le vieux fou sera bien oblig d'ouvrir la porte J'imaginais la maison en flammes et Rex en train de trottiner vers le portail. Une patte amoche n'empcherait pas mon setter de trotter.

Je l'avais dj vu galoper sur trois pattes. Cette image me fit du bien et me donna le courage de reprendre ma course entre les blocs. Je devais faire vite. Le Jobard tait peut-tre en train de le torturer. Je rentrai dans l'immeuble et grimpai les escaliers quatre quatre.

Avant mme que je dise quoi que ce soit, ma mre remarqua mes yeux tout rouges : Mais qu'est-ce qu'il t'est arriv? Tu as pleur? Non, c'est cet imbcile de Jean-Luc qui m'a jet une poigne de terre la figure. Je me suis frott ; a m'a fait piquer les yeux.

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Vous avez vraiment des jeux idiots. Viens la salle de bains, je vais t'y passer un peu d'eau. J'eus beau rouspter, je n'chappai pas au gant de toilette avant de pouvoir filer chez Michel Sois bien poli avec ses parents. Et ne rentre pas trop tard. Pas plus de dix heures et demie. J'allais enfin pouvoir m'clipser lorsque quelqu'un sonna la porte. Ma mre alla ouvrir et je reconnus la voix de notre voisine, madame Demeulier : Je l'ai trouv qui aboyait devant l'entre de l'immeuble Clopinant sur trois pattes, Rex traversa le salon et se jeta sur moi pour me lcher de la tte aux pieds.

Je perdis l'quilibre et basculai sur le canap o il continua me faire fte.

Contes indiens... du petit peuple du ciel

J'tais si heureux que je le serrai contre moi en pleurant comme une Madeleine. Rex portait un bandage la patte gauche ; mais, voir la faon dont il se dmenait, sa blessure ne devait pas tre bien grave. Ma mre entra dans le salon et vint s'asseoir prs de nous sur le canap. Elle me passa la main dans les cheveux : Alors, on t'a encore jet du sable dans les yeux Raconte-moi tout. Qu'est-ce qui s'est vraiment pass? J'enfouis ma tte contre sa poitrine, un peu parce que c'tait bon et chaud, un peu parce que je n'osais pas lui mentir en la regardant.

Cet aprs-midi, en nous baladant, on l'avait perdu. Je me faisais beaucoup de souci. Il a d se faire accrocher par une voiture et quelqu'un l'aura soign.

Pose-le par terre qu'on le voie marcher Il a l'air d'aller bien. Il boite un peu mais a ne semble pas grave.

Je me demande qui lui a fait ce pansement. Les bandes sont bien en place. Je n'aurais pas mieux fait Tout heureux de retrouver sa maison, Rex nous tournait autour en aboyant joyeusement. Ma mre me prit le visage dans les mains pour m'obliger la regarder droit dans les yeux : Brice, pourquoi ne m'avais-tu rien dit? Pourquoi ne me dis-tu jamais rien? J'avais bien vu que quelque chose clochait. Promets-moi d'tre plus bavard l'avenir! Oui, maman. Allez, file!

Les parents de Michel vont t'attendre. Un baiser sur la joue, un dernier clin Rex Il n'y avait pas une heure, je faisais le mme chemin. Je courais entre les blocs et j'tais le plus malheureux de la terre.

J'avais envie de mordre, de crier, de pleurer. J'tais prt tuer. J'avais le cur rempli de haine et de dsespoir. Et maintenant, je dbordais de joie. Je sifflais, je chantais. J'aurais mme embrass le Jobard si je l'avais crois sur ma route.

Aprs tout, si ce type tait fou, c'tait son problme. Il suffisait de lui ficher la paix. Le coup de fusil, on se l'tait sans doute un peu cherch! Et, voir la faon dont il avait soign Rex, le vieil homme semblait aimer les btes ; et pour moi, les btes, c'est sacr!

En longeant une range de poubelles, j'aperus deux goulots de bouteilles qui dpassaient. Cela me donna une ide.

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Je m'arrtai pour les emporter puis je repris mon sprint vers le terrain vague. Lorsqu'il me vit arriver, dansant, le sourire aux lvres, Michel crut un moment que j'avais disjonct. Cela faisait prs d'une demi-heure qu'il m'attendait. Il avait froid. Il se faisait du souci, se demandant ce que je pouvais bien fabriquer ; et il me voyait dbouler tout pimpant Mais quand je lui eus expliqu que le Jobard avait soign Rex et l'avait relch Il resta prs d'une minute rpter : Alors l Alors l Alors l, mon vieux Et il finit par dire en rigolant : Y'a pas dire, ce type-l est vraiment cingl!

Sans doute qu'il est cingl puisque tout le monde l'appelle le Jobard Pour la troisime fois de la journe, on s'est glisss par effraction dans le terrain vague.

Mais cette fois, c'tait pour la bonne cause. On s'est approchs de la baraque. Sur une table, la lueur d'une ampoule qui pendait au bout d'un fil, le vieux mesurait des tracs sur un plan.

Il avait mis ses lunettes ; et s'il n'avait pas eu les joues mal rases, on aurait pu le prendre pour un instituteur en train de prparer sa classe. Nous ne nous sommes pas attards. Nous avons laiss les bouteilles en vidence devant la porte et nous sommes rentrs nous coucher.

Cette nuit-l, j'autorisai Rex venir s'allonger contre moi. Tant pis pour les poils sur la couverture! Longtemps avant de m'endormir, je caressai son pelage tout chaud. J'avais du mal trouver le sommeil. Le Jobard et ses bouteilles, ma mre et ses reproches, mon pre tenant Rex dans ses bras Et lorsque je m'endormis enfin, je rvai de l'trange construction en verre du vieux fou.

Je la voyais monter jusqu'aux nuages et se reflter au soleil comme un gigantesque arc-en-ciel. Aussi, lorsque j'arrivai l'cole, c'tait dj l'heure de rentrer. Moi qui avais rflchi de beaux discours pour pater les copains, j'en fus pour mes frais. Et comme un ennui ne vient jamais seul, une dsagrable surprise m'attendait dans la salle de classe : l'instituteur tait accompagn de deux agents de police.

L'un des agents nous regarda droit dans les yeux puis attaqua brutalement : - Hier soir, dix-neuf heures, nous avons enregistr une plainte du pre d'un de vos camarades, monsieur Ferris Tous les regards se tournrent vers Jacques qui tait blanc comme un linge. Celui-ci prtend que dans l'aprs-midi, le Selon ses dires, votre camarade Jacques Ferris tait alors accompagn de Si l'un de vous a quelque chose dire Je n'attendis pas une seconde de plus.

Je me levai et tendis le bras. J'tais avec Jacques hier aprs-midi. Nous tions rentrs dans le terrain vague pour casser les bouteilles du Jobard Le vieux est sorti avec un fusil de chasse et nous a menacs.

Mais il n'a pas tir! Il a cri, mais il n'a pas tir. Tous les copains nous regardaient sans rien y comprendre. Mais une bande est une bande, et personne ne dit mot. Je vous remercie pour votre franchise. Il se tourna alors vers le pauvre Jacques : Eh bien, mon garon, pourquoi as-tu dit ton pre que le Jo J'ai eu peur. Je me suis enfui et j'ai bien cru l'entendre tirer. Nous en resterons l pour le moment.

Mais l'avenir, fichez la paix cet original. Avec lui, on ne sait jamais. Il pourrait fort bien vous tirer dessus pour de bon. Quant toi, dit- il Jacques en sortant, tu diras ton pre qu'il repasse nous voir au commissariat.

Jacques tait furieux. Il m'accusa de l'avoir fait passer pour un froussard et un menteur devant le matre, la police Il cria qu'il quittait la bande et trois ou quatre de ses copains le suivirent. Devant le reste du groupe, il me fallut m'expliquer : - D'abord, nos affaires sont nos affaires.

Jacques est un imbcile d'tre all tout raconter ses parents Tout le monde hocha la tte. Tous les copains carquillaient de grands yeux incrdules. Avec Michel, on a notre petite ide sur ce qu'on va faire.

Ceux qui font toujours partie de la bande, rendez-vous ce soir aprs la classe. La sonnerie retentit et je les laissai leurs interrogations. La runion de cinq heures ne fut pas vraiment une russite. L'histoire de la police avait fait le tour du quartier et beaucoup de parents avaient cuisin leurs enfants sur leur emploi du temps du mercredi.

Les gifles et les punitions taient tombes. Conclusion, la moiti de la bande manquait l'appel. Cependant, au moment de dcider de la meilleure faon d'agir, personne n'tait d'accord. Jean-Luc tait d'avis de continuer car il n'avait pas digr l'pisode du coup de fusil.

Il voulait mettre le feu la baraque. Il n'avait pas de chien, lui, et ne pouvait pas comprendre mon attitude. Quant Mouloud et Moustique, ils ne voulaient plus entendre parler du vieux fou. J'ai pas envie de me faire plomber, rptait Mouloud, que le coup de feu avait refroidi. Je dus me bagarrer pour leur expliquer qu'on ne pouvait pas finir une guerre comme a : - Il faut gagner ou faire la paix!

Pour le moment, c'est l'armistice. On va se montrer gentils avec leJobard. Tous les soirs, pendant au moins dix jours, l'un de nous ira lui porter deux bouteilles vides, en essayant de pas se faire voir. Michel, qui tait mon lieutenant, prit le relais : - Il faut lui montrer qu'on regrette un peu ce qu'on a fait.

Aprs, on verra suivant ce qu'il fera. S'il refuse, on choisira la solution de Jean-Luc. Mais en attendant, nous devons rassembler le plus de bouteilles vides possible.

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Ce sera notre trsor de guerre que nous entreposerons dans la cave. La tour de verre en avait impressionn plus d'un. Le jour o on l'avait bombarde, elle brillait au soleil comme un gigantesque diamant. On ne pouvait plus regarder une bouteille sans penser ce que le Jobard en faisait. Tout le monde fut enthousiaste : - Mon pre en a plein sa cave, dit Jean-Luc dont le pre buvait sec.

Je les lui piquerai. La runion qui avait mal commenc se termina dans l'excitation la plus totale. Le soir mme, Pierre alla discrtement poser deux bouteilles devant le portillon.

Le lendemain, ce serait le tour de Michel. Et si le Jobard n'avait pas sorti d'ici l son fameux fusil, Mouloud et Moustique se disaient prts prendre la suite. Notre nouveau plan prit effet ds lendemain. Moustique, le roi des baratineurs, fit la tourne des piciers afin qu'ils nous mettent de ct les bouteilles non consignes.

Pendant ce temps, Pier et ses surs passaient dans les maisons pour faire la collecte. C'tait la premire fois que nous acceptions des filles dans une de nos oprations. Mais Michel avait pens que, pour aller voir les gens, la prsence de filles faisait beaucoup plus srieux.

Officiellement, nous rcuprions les bouteilles vides pour les vendre au profit de la cooprative scolaire. Avec les adultes, ds qu'on parle de l'cole, a passe tout de suite mieux. Jean-Luc avait tenu ses promesses et avait ramen tous les cadavres de bouteilles qui tranaient dans la cave de son pre. Mouloud s'tait entendu avec son oncle qui tenait le restaurant El Oued dans le centre-ville.

Les bouteilles affluaient de partout et je chargeai deux filles, Sylvie et Katia, du rangement et de la comptabilit. Katia tait la matheuse de la classe.

On pouvait lui faire confiance. Elle comptait plus vite qu'une calculette. Jean-Luc rouspta car cela voulait dire que les filles allaient rentrer dans notre cave ; mais je le laissai dire. Il n'tait jamais content ; il rlait tout le temps mais c'tait le plus chouette des copains. Au bout de trois jours, Katia avait enregistr cinquante bouteilles sur son carnet ; la fin de la semaine cent cinquante, et le mercredi d'aprs deux cent soixante-treize.

C'tait fantastique de voir toutes ces bouteilles s'empiler contre les cloisons de la cave au point de faire un vritable mur de verre. Chaque bouteille tait un vrai trsor. Pour se les procurer, on tait prts toutes les preuves, mme se battre s'il le fallait. Les copains qui m'avaient lch au dbut refirent petit petit leur apparition ; chacun en apportant son casier de bouteilles pour ne pas tre en reste.

Rapidement, toute la bande se reconstitua. Seul, Jacques ne revint plus jamais car il ne m'avait pas pardonn de l'avoir contredit devant la police. C'tait le seul point noir. Car part a, la constitution d'un trsor de guerre soulevait l'enthousiasme de la bande.

Chacun se creusait la tte et les ides fusaient de toutes parts. Les bouteilles nous arrivaient sans qu'on ait lever le petit doigt. Dans le lot, il y en avait mme qui taient consignes et cela augmenta notre cassette.

Pour mettre notre trsor l'abri, on fabriqua alors le coffre-fort de la bande : une bote de mtal encastre dans le mur avec du ciment prompt comme les vrais coffres-forts dans les films d'espionnage.

Nous nous sentions si riches que nous avions gnreusement augment nos offres de paix au Jobard. Ce n'tait plus deux bouteilles mais un carton de dix que nous lui portions tous les soirs vers sept heures. Si le vieil homme ne se montrait pas, il ne refusait pas pour autant nos cadeaux. Nous retrouvions chaque fois le carton vide de la veille pos prs du portillon.

La collecte prenait des proportions gigantesques. Selon l'experte-comptable, elle rapportait en moyenne cinquante bouteilles par jour. Au bout de deux semaines, je dcidai qu'il tait temps de passer la deuxime partie de notre plan. J'en parlai Michel et on se mit d'accord pour fixer le jour J au mercredi 1er mai.

On avertit la bande de se tenir prte mais, par amour du suspense, on garda notre projet top secret jusqu' la date fatidique. Il ne portait plus de bandages et c'est peine s'il clopinait lorsqu'il tait fatigu.

Le jobard - Michel Piquemal - Milan - Poche - AL KITAB TUNIS LE COLISEE

Tous les soirs, je l'emmenais faire un tour dans la cit pour qu'il se rhabitue bien marcher et courir. C'tait pour moi un bon prtexte. J'en profitais pour faire l'inspection des poubelles la recherche de quelques canettes. J'aimais bien marcher dans les rues, alors que la nuit commenait tomber. Je m'imaginais que je m'tais enfui, que j'avais quitt ma maison pour toujours et que je venais d'arriver dans une ville inconnue, o personne ne me connaissait et o je ne connaissais personne.

J'avais dbarqu du bateau et je me baladais seul dans les rues de New York. Je me tenais sur mes gardes car je pouvais tout moment tre attaqu par une bande de black-malabars super baraqus. Mais Rex tait l. Il me dfendrait, et la fin de la bagarre, les black deviendraient mes amis. Ils me serviraient de gardes du corps et je serais le chef de gang le plus redout de Brooklyn. J'aurais une belle femme qui serait danseuse dans une bote de nuit et qui m'appellerait baby.

Puis un jour, je reviendrais dans la cit en grosse bagnole amricaine. J'irais l'appartement mais ma mre n'y serait plus. Elle serait morte quelques mois auparavant. J'en aurais un immense chagrin mais je ne verserais pas une larme. Je couvrirais sa tombe de fleurs puis j'irais revoir tous les gens que j'avais connus : la boulangre myope, Nacer l'picier arabe, monsieur Legrand l'instituteur et nos voisins M.

Tout le monde serait super tonn. Ils ne voudraient pas savoir d'o me venait tout ce fric mais ils me fliciteraient. Car l'important, c'est de russir. Ma balade me menait toujours jusqu'au terrain vague. L, il n'y avait plus une seule lumire. Quelqu'un avait dquill les ampoules des lampadaires publics. Sans doute le Jobard, qui n'avait pas de volets aux fentres, et que tout cet clairage devait gner pour dormir.

C'tait la vraie nuit. Celle qu'on ne voit jamais lorsqu'on habite en ville. Celle qui fait peur et rassure la fois. Avec Rex, on arrtait de faire du bruit ; et, en retenant notre souffle, on se baladait dans le terrain vague. S'il y avait un peu de lune, sa lueur se refltait dans la tour de verre comme dans un puits. Les minutes devenaient magiques. Silencieusement, je m'approchais de la maison du vieux. C'est dingue comme ce bonhomme pouvait m'intriguer. Il tait le plus souvent sa table de travail en train de griffonner des plans avec un crayon et une rgle.

Parfois aussi, il lisait de vieux bouquins tout jaunis. Ce type-l n'tait pas fou.

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C'tait sans doute un sorcier mais il n'tait pas fou. J'aurais donn beaucoup pour savoir ce qu'il maniganait avec toutes ces paperasses ; mais les carreaux taient si sales qu'on voyait tout flou. Alors, je restais une dizaine de minutes l'observer, assis devant la fentre claire comme devant un cran de tl.

Puis, quand je parvenais enfin dtacher mes yeux de cette silhouette, je rentrais chez moi en courant. Chaque soir, je me disais que ce n'tait pas la peine d'y revenir puisque c'tait toujours la mme chose et que je n'apprenais rien de nouveau. Mais chaque soir, j'y revenais En quelques jours, les ntres avaient trouv plein de combines pour rendre notre cave plus agrable. Pour commencer, il n'tait plus question de faire pipi dans le couloir.

Mme si on en avait trs envie, on devait monter pisser dans les sapinettes. Ensuite, elles avaient fait des tas de dcorations et s'taient proccupes du confort. Dsormais, chaque sige avait son petit coussin. Seul Jean-Luc refusa un temps de poser les fesses sur un truc de minettes ; jusqu'au jour o un ressort du fauteuil lui dchira le pantalon Les quatre filles - Katia, Sylvie, Lou et Ccile - n'taient pourtant pas encore des membres de la bande part entire.

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Le jour J, il fut convenu qu'elles nous accompagneraient jusqu'au terrain vague - a, on ne pouvait pas le leur refuser! Je vis bien l'air pinc de Lou que cela les vexait terriblement mais je restai inflexible. Comme disait Jean-Luc, c'tait trop dangereux pour elles.

Et puis, dans tous les films de guerre que j'avais vus autrefois avec mon pre, il n'y avait jamais beaucoup de femmes. Elles taient surtout l pour amuser la galerie! Sous leurs regards muets de reproches, on s'est tous chargs d'un carton de dix bouteilles ; et en route pour la baraque. Nous tions dix.

Dix fois dix font cent bouteilles. C'tait le cadeau pour notre offre de paix. Cependant, comme nous n'tions srs de rien, nous avions aussi emport dans nos poches frondes, pierres et boulons. On n'est jamais trop prudent. Dans la rue, les adultes qui venaient acheter leur traditionnel muguet nous regardaient avec un brin de surprise. Il faut dire qu'on formait un drle de cortge. Dix garons en file indienne, portant des cageots sur la tte, suivis de quatre filles, les mains dans les poches Ce n'tait tout de mme pas un spectacle ordinaire!

Le vieux tait sur une chelle, occup la construction. Il ne remarqua pas notre entre. Lorsqu'il perut le bruit des cageots que nous posions terre, il se retourna en sursaut.

Sans bouger de son chelle, il nous regarda un instant - quelques secondes sans doute, mais qui nous parurent des sicles. Nous avions tous la gorge noue. C'tait la premire fois que la plupart des copains le voyaient d'aussi prs. Soudain, le Jobard se frotta les mains, descendit de son perchoir et vint vers nous en souriant : - Alors, c'est plus la guerre?

Je le regardai dans les yeux Ils vont peu à peu apprendre à le connaître, l'apprécier et l'aimer et l'aideront malgré la maladie puis la mort à accomplir son rêve fou : bâtir un gigantesque moulin de verre qui transformera la banlieue en paradis coloré. Michel Piquemal vit à Béziers. Il est instituteur, aujourd'hui en disponibilité.

Écrivain, éditeur, directeur de collection, c'est un auteur Jeunesse reconnu. Olivier Balez est né à Besançon 25 en Il a fait des études de graphisme à l'école Estienne à Paris. Ses centres de prédilection sont le polar, le jazz et la poésie.